LE 10 DÉCEMBRE 1948 L'ONU ADOPTE LA DÉCLARATION DES DROITS DE L'HOMME
L’Organisation
des Nations unies (ONU) est créée en 1945, dans un contexte marqué par
les crimes de la Seconde Guerre mondiale et les violations des libertés
fondamentales. La Charte des Nations unies (signée le 26 juin 1945)
fait d’ailleurs de très nombreuses références aux droits de l ’homme.
Les États signataires affirment, dans le préambule de la Charte, leur
foi "dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la
valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et
des femmes" et vouloir "préserver les nations futures du fléau de la
guerre". Plus loin, on peut lire que les peuples composant les Nations
unies souhaitent "créer les conditions nécessaires au maintien de la
justice (…), favoriser le progrès social et instaurer de meilleures
conditions de vie dans une liberté plus grande".
L’article 1er de la Charte vise la coopération
internationale "en résolvant les problèmes internationaux (…), en
développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des
libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de
langue ou de religion". L’article 55 dispose que les Nations unies
favorisent "le respect universel et effectif des droits de l’homme et
des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe,
de langue ou de religion".
Mais, dans la mesure où la Charte vise, en tout premier
lieu, à garantir la paix dans le monde, il a paru utile de rédiger,
ultérieurement, un texte uniquement consacré aux droits fondamentaux, la
Déclaration universelle des droits de l’homme.
La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948
Un avant-projet de Déclaration fut rédigé par un grand
juriste français, René Cassin, et le texte final fut adopté à Paris le
10 décembre 1948.
L’ambition de cette Déclaration est grande. Dans son
préambule, elle affirme la nécessité de protéger les libertés
fondamentales par un régime de droit, ce qui est "un idéal commun à
atteindre par tous les peuples et par toutes les nations". Par la suite,
la Déclaration énonce des droits à la fois politiques (liberté
individuelle, interdiction de l’esclavage et de la torture, droit à la
sûreté, présomption d’innocence, liberté de conscience), sociaux et
économiques (droit à un niveau de vie suffisant de manière à assurer la
santé et le bien-être des individus, droit à l’éducation...).
Le texte de la Déclaration universelle des droits de
l’homme n’a pas été établi sans mal. En effet, les pays occidentaux et
les pays communistes ont dû se mettre d’accord sur une version commune,
ce qui a conduit à quelques compromis. Le texte juxtapose ainsi les
libertés classiques, qui n’impliquent qu’une abstention
de l’État, et les libertés de portée économique et sociale qui
nécessitent une intervention volontariste des pouvoirs publics. Autre
élément de compromis : la conception de la propriété adoptée par la
Déclaration ("Toute personne, aussi bien seule qu’en collectivité, a
droit à la propriété").
La portée juridique de la Déclaration est faible. Il
s’agit en fait d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations
unies. Elle n’a donc pas la valeur juridique d’un traité international,
c’est-à-dire qu’elle n’a pas de dimension contraignante et ne peut être
invoquée devant un juge. Le Conseil d’État a affirmé qu’elle était
dépourvue de valeur normative (notamment par un arrêt "Roujansky" de
1984).
C’est donc un texte dont la portée est avant tout
morale, s’appuyant sur l’autorité que confère la signature de la
majorité des États du monde (193 États sont membres de l’ONU en 2011).
Les Pactes de 1966
Toutefois, de manière à assurer plus efficacement le
respect des libertés fondamentales sur le plan international, il a été
décidé de rédiger des déclarations des droits ayant valeur juridique.
Tel est l’objet des deux Pactes adoptés le 16 décembre 1966 : le premier
relatif aux droits civils et politiques, le second aux droits
économiques et sociaux.
Ces deux textes sont entrés en vigueur en France en
1981. Ils ont pour principal intérêt de reprendre, en détail, l’ensemble
des libertés évoquées dans la Déclaration universelle de 1948 et de
leur conférer une valeur juridique contraignante.
La France et la Convention européenne des droits de l’homme de 1950
On constate pourtant que les deux Pactes de 1966 n’ont
pas non plus joué un rôle essentiel en droit français, en tant que
facteur de renforcement des libertés fondamentales. En effet, la France
est partie à une convention en matière de protection des droits de
l’homme : la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée le 4 novembre 1950 à Rome et ratifiée par la France le 3 mai 1974.
Or, ce texte occupe une place centrale en France en
raison du système juridictionnel très efficace qu’il a mis en place. Il a
en effet institué une Cour européenne des droits de l’homme dont le
siège est à Strasbourg. Les citoyens (et plus largement toute personne
résidant en France) peuvent se plaindre devant elle des violations des
libertés fondamentales subies en France, en vertu de la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales.
C’est pourquoi, malgré leur importante charge
symbolique, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les
pactes de 1966 sur les droits civils et politiques, et sur les droits
économiques et sociaux, jouent en France un rôle juridique réduit.
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«Il est juste de s'emporter quand il le faut, comme il le faut et contre ce qu'il faut.»Aristote